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Succession

L'assurance-vie dans une succession

L'assurance-vie est l'un des rares placements où l'on peut choisir qui reçoit quoi, souvent avec une fiscalité plus douce que la succession classique. À une condition : que la clause bénéficiaire soit bien rédigée, que les versements soient faits au bon moment, et que les primes ne soient pas jugées excessives par un juge.

L'assurance-vie dans une succession
152 500 €exonérés par bénéficiaire (primes avant 70 ans)
30 500 €d'abattement global (primes après 70 ans)
20 %puis 31,25 % au-delà d'un seuil, avant 70 ans
0 €pour le conjoint ou partenaire de PACS

1Le texte : hors succession, mais pas hors contrôle

Le principe figure à l'article L. 132-13 du Code des assurances, dont voici le cœur :

Article L. 132-13, alinéas 1 et 2

« Le capital ou la rente payable au décès du contractant à un bénéficiaire déterminé ne sont soumis ni aux règles du rapport à succession, ni à celles de la réduction pour atteinte à la réserve des héritiers du contractant […]. Ces règles ne s'appliquent pas non plus aux sommes versées par le contractant à titre de primes, à moins que celles-ci n'aient été manifestement exagérées eu égard à ses facultés. »

Deux mots comptent : « manifestement » et « facultés ». Le juge ne compare pas simplement le montant des primes au patrimoine total : il regarde l'âge du souscripteur, l'utilité réelle du contrat, ses revenus, sa situation familiale — au moment de chaque versement, pas à la date du décès.

2Un cas réel, pour comprendre où se situe la limite

Cass. 1re civ., 1er juillet 1997, n° 95-15.674, publié au Bulletin

Une femme de 84 ans, venant d'hériter de son mari, souscrit en août 1991 un contrat d'assurance-vie de 8 ans et y verse 199 900 francs en deux temps, en désignant l'un de ses deux fils comme bénéficiaire. Elle décède le 9 novembre 1991 — quatre jours seulement après le second versement. L'autre fils demande la réintégration des primes dans la succession.

La Cour de cassation confirme que les primes, représentant plus du tiers de l'actif de la défunte, étaient manifestement exagérées compte tenu de son âge et de l'absence d'utilité réelle du placement pour elle-même : elles sont rapportées à la succession dans leur intégralité.

Ce que cet arrêt, toujours cité aujourd'hui, permet de comprendre :

Facteurs aggravants

  • Âge très avancé du souscripteur
  • Versement peu de temps avant le décès
  • Primes représentant une part importante du patrimoine
  • Aucune utilité pour le souscripteur lui-même (pas de rachat possible avant l'échéance)

Facteurs protecteurs

  • Versements réguliers, étalés dans le temps
  • Cohérence avec les revenus et le train de vie
  • Contrat utile au souscripteur (rachats, avance, complément de retraite)
  • Primes modestes au regard du patrimoine global

3Deux régimes fiscaux selon l'âge des versements

Primes avant 70 ans article 990 I du CGI Primes après 70 ans article 757 B du CGI 152 500 € exonéréspar bénéficiaire Puis 20 % jusqu'à 700 000 €taxables, 31,25 % au-delà 30 500 € exonéréstous bénéficiaires confondus Le reste : droits de successionLes intérêts restent exonérés Seul compte l'âge à la date de chaque versement, pas l'âge au décès
Un même contrat peut cumuler des primes relevant des deux régimes : conservez l'historique des versements avec l'âge à la date de chacun.
À retenir

Avant 70 ans, l'abattement de 152 500 € s'applique au capital reçu par chaque bénéficiaire. Après 70 ans, seule la part correspondant aux primes est taxée (après 30 500 € d'abattement global) : les intérêts et plus-values produits par ces primes échappent aux droits de succession.

4Combien ça coûte : quatre situations comparées

Un parent transmet 300 000 € à son enfant unique, sans autre bien :

Succession classique Assurance-vie, primes avant 70 ans … répartie entre 2 bénéficiaires Assurance-vie, primes après 70 ans ≈ 38 200 € ≈ 29 500 € 0 € ≈ 32 100 €
Calculs simplifiés, sans autre bien ni donation antérieure. Le capital de 300 000 € réparti entre deux bénéficiaires (150 000 € chacun) reste sous l'abattement de 152 500 € par personne.
Exemple : 500 000 € à un seul bénéficiaire, primes avant 70 ans

500 000 € − 152 500 € = 347 500 € taxables à 20 % : 69 500 € de prélèvement, payé par l'assureur avant de verser le capital. Le bénéficiaire ne remplit pas de déclaration de succession pour cette somme. Par comparaison, le même capital transmis en succession classique à un enfant coûterait environ 78 200 € de droits.

Le vrai levier n'est donc pas le taux, mais la multiplication des bénéficiaires : chacun dispose de son propre abattement de 152 500 €. Trois enfants et cinq petits-enfants, ce sont huit abattements.

5La clause bénéficiaire : le cœur du contrat

Une clause mal rédigée peut annuler tous les avantages du contrat. La bonne pratique est de prévoir une cascade de rangs :

1er rang : mon conjoint à défaut 2e rang : mes enfants à défaut 3e rang : mes héritiers Sans rang de secours, le capital peut retomber dans la succession

Erreurs fréquentes

  • Citer un bénéficiaire décédé
  • Oublier les petits-enfants ou la représentation
  • Ne jamais relire la clause après un divorce, une naissance ou un remariage

Bonnes pratiques

  • Prévoir plusieurs rangs
  • Préciser les parts
  • Conserver la dernière clause signée
  • Faire relire la clause par un notaire

Clause démembrée

Usufruit au conjoint (revenus et sécurité), nue-propriété aux enfants (transmission finale) : très utile en famille recomposée.

L'acceptation du bénéficiaire

Lorsque le bénéficiaire accepte la clause (dans les conditions prévues par le Code des assurances), le souscripteur ne peut plus la modifier sans son accord. Ce mécanisme a des avantages et des inconvénients : il doit être maîtrisé avant toute acceptation.

6Conjoint, partenaire de PACS, concubin

BénéficiaireDroits de succession classiquesApport de l'assurance-vie
ConjointExonéréLiquidités immédiates au décès
Partenaire de PACSExonéré (mais sans droit légal à hériter : testament utile)Capital hors succession, sans dépendre du testament
Concubin60 % après 1 594 €L'outil le plus efficace pour le protéger

7L'assurance-vie face aux autres outils

Assurance-vie

Souplesse, capital hors succession, abattement par bénéficiaire. Idéale pour la liquidité.

Donation-partage

Fixe les lots et les valeurs aujourd'hui. Idéale pour éviter les conflits, notamment sur l'immobilier ou l'entreprise.

SCI et démembrement

Organisent la détention et la transmission progressive d'un patrimoine immobilier.

Actualité 2026

À notre connaissance, la loi de finances pour 2026 n'a pas modifié les seuils des articles 990 I et 757 B. Des mesures de transmission anticipée pour les contrats de personnes de plus de 70 ans ont été discutées en cours de débat parlementaire ; leur non-adoption doit être revérifiée avant toute opération, la situation pouvant évoluer d'une loi de finances à l'autre.

8Le contrat oublié : comment le retrouver

Beaucoup de contrats d'assurance-vie ne sont jamais réclamés parce que les bénéficiaires en ignorent l'existence. Deux dispositifs distincts, à ne pas confondre, permettent de les retrouver : l'Agira, un organisme auquel toute personne peut demander si elle est bénéficiaire d'un contrat souscrit par une personne dont elle produit l'acte de décès ; et le fichier Ficovie, tenu par l'administration fiscale, que le notaire chargé de la succession peut consulter directement pour identifier les contrats souscrits par le défunt. Le notaire mobilise en pratique ces deux voies pour le compte des héritiers.

9Testez-vous

L'assurance-vie doit-elle figurer dans la déclaration de succession ?

En principe non, mais il faut la communiquer au notaire : il vérifie la part relevant de l'article 990 I et celle de l'article 757 B, et écarte le risque de primes manifestement exagérées.

Puis-je désigner un mineur comme bénéficiaire ?

Oui. Les sommes seront gérées par son représentant légal, sous le contrôle prévu par la loi. Il est utile de prévoir dans la clause des modalités d'administration adaptées.

Que se passe-t-il si mon bénéficiaire décède avant moi ?

Sans bénéficiaire de second rang, le capital retombe dans la succession, avec la fiscalité classique. D'où l'importance de la cascade de rangs.

À partir de quel âge les primes sont-elles risquées ?

Il n'y a pas de seuil légal. L'arrêt de 1997 concernait une personne de 84 ans versant peu avant son décès une somme représentant le tiers de son patrimoine : c'est la combinaison de l'âge, du montant et du contexte qui est examinée, pas l'âge seul.

10Votre check-list

  • Ma clause bénéficiaire a été relue depuis mon dernier événement de vie.
  • Elle prévoit au moins deux rangs de bénéficiaires.
  • Mes versements importants sont faits avant 70 ans.
  • Je conserve l'historique des primes et l'âge à chaque versement.
  • Mes versements restent cohérents avec mes revenus et mon patrimoine.
  • J'ai fait valider le tout avec mon notaire.

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Sources officielles

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